" Riitagaan " c'est une étrave, un mouvement fulgurant et ascendant, un corps étranger de passage, une étoile filante traversant un aquarium.

Il faut qu'une fois terminés et assemblé, les cinq tronçons de neuf mètres, constituent une courbe tendue, non pas parfaite car je déteste ce mot, mais évidente. Avant que le béton soit coulé, les tronçons seront positionnés sur le site, et soudés ensembles... tout les deux mètres sera découpé un trou carré, surmonté d'une cheminée parallélépipédique par laquelle pénétrera le béton. En fait, mon travail consiste à prendre une courbe naturelle, à la tronçonner en cinq éléments et à la reconstituer, à la recoudre. C'est au cours de ce travail, que j'ai lu un des rares livres de Ferdinand Céline que je n'avais pas encore lu. : " Rencontre avec le Professeur Y "., et que je pris conscience de l'influence de l'écrivain dans l'élaboration de mon oeuvre. Ceux qui pensent que l'apport, l'invention de Céline en littérature, c'est d'avoir transposé le langage courant et l'argot, en écrit, n'ont rien compris. Ce que Céline a trouvé, le filon qu'il a merveilleusement exploité, c'est : prendre une phrase, une anecdote, une histoire... couper, fractionner selon une fréquence, un rythme, et ensuite, reconstituer, recoudre, pour rendre presque identique à l'objet de départ... Je dis bien presque. L'émotion vient de ce presque.
Les fragments sont réajustés entre eux, pour reformer un tout, mais les coutures demeurent. Et d'après Céline, ce qui fait l'artiste, ce qui donne le rythme et l'émotion, c'est le point de couture... du cousu main, dit-il. L'illumination, lui est dit-il venue, un jour qu'il était dans le métro. Le tac...tac...tac... des roues de fer passant d'un rail sur l'autre. A l'époque le métro n'était pas monté sur pneus et les rails n'étaient pas soudés entre eux.

RIITAGAAN



 
1 / 2 / 3    Riitagaan (détail), Université Toulon, La Garde